le site officiel de Dominique Venner

Le « Vieux Sud » victime d’une guerre idéologique

Categorie(s) : Actualité, Livre, publié le 22 décembre 2015
porte-etendard

L’épopée sudiste contée dans « Le Blanc Soleil des vaincus » réédité chez Via Romana, nous force à réfléchir sur notre propre sort. C’est ce que rappelle Dominique Venner dans son éditorial du numéro 17 de la NRH paru en mars 2005 que nous publions ici.

« Nous sommes tous Américains », titrait un journal français d’un certain renom au lendemain du 11 septembre 2001. Ce n’était pas seulement une figure de style dictée par l’émotion. Le propos reflétait une réalité devenue toujours plus évidente depuis qu’une emprise américaine multiforme s’est exercée sur l’Europe après 1945 . Les petites crises politiques circonstancielles au temps du général De Gaulle ou, plus récemment, à l’occasion de la guerre contre l’Irak, n’ont rien changé sur le fond. C’est à l’époque du règne gaullien, entre 1958 et 1968 que s’est imposée l’américanisation de la société française et des mœurs, beaucoup plus que dans la période précédente.

Réfléchir historiquement sur les Etats-Unis, c’est donc réfléchir sur nous, Européens. A bien des égards, l’évolution de la société américaine anticipe celle de l’Europe. Cela n’est pas dû, comme certains pourraîent le croire à une parenté de civilisation et de destin. Notre dossier rappelle à quel point, dès la révolution de 1776 et même avant, le noyau formateur des Etats-Unis s’est voulu anti-européen, ce qui est toujours resté vrai par la suite, en dépit d’alliances conjoncturelles. Il n’est pas nécessaire de réfléchir longuement pour observer combien, notamment au XXe siècle, le destin des Etats-Unis s’élevant vers la toute puissance, et celui de l’Europe, enfoncée dans les catastrophes et le déclin, sont opposés.

Comme toute puissance devenue hégémonique, les Etats-Unis influencent en profondeur les nations placées dans le rayonnement de leur imperium. Cela d’autant plus qu’ils se sont toujours voulus messianiques, porteurs d’un message universel de transformation des sociétés sur leur propre modèle. Cette prétention est favorisée par leur industrie du spectacle, cinéma et télévision, ainsi que par la mondialisation économique dont ils sont le moteur et, pour le moment, les bénéficiaires. Dans le monde global des affaires, les personnes qui ont intégré la mentalité transnationale américanomorphe ont de meilleures chances de faire carrière que ceux qui se sentent des attaches nationales.

Mais c’est là que peut intervenir l’inattendu en histoire, le paradoxe des conséquences, en terme pédant l’hétérotélie. Acteurs de la globalisation, les Américains en sont aussi les premières victimes. Ayant adopté la mentalité transnationale, leurs élites se sont dénationalisées, ce que vient d’analyser avec force exemples Samuel Huntington qui s’en inquiète[1].

Evoquer la guerre de Sécession américaine comme nous le faisons dans notre dossier, rappelle tout d’abord une époque pas si lointaine où l’Amérique, loin d’être unie, étaient divisée. Epoque révolue, mais d’autres ferments de désunion apparaissent à l’horizon que nous connaissons aussi en Europe et qui ne peuvent nous laisser indifférents.

Les Européens d’aujourd’hui, en marche vers l’union fédérale de leurs Etats, ne peuvent ignorer non plus ce qui s’est passé en Amérique voici moins de cent cinquante ans. Comme leur nom l’indique, les Etats-Unis étaient formés à l’origine de plusieurs Etats (treize) qui s’étaient unis par leur volonté propre après la Révolution de 1776. Ils communiaient tous par la même idée de la démocratie. Lorsque certains de ces Etats, ceux du Sud, se considérant gravement menacés dans leurs intérêts vitaux par le pouvoir fédéral, décidèrent de reprendre leur indépendance, ce fut le guerre. Une guerre impitoyable, conduite sous le couvert d’idéaux élevés par le noyau dur, riche et conquérant de la fédération, contre les Etats du Sud qui souhaitaient seulement vivre libres et en paix. Cette histoire invite à quelques réflexions.


 

[1] Qui sommes-nous ? (Odile Jacob, 2004). Voir en page 59 l’analyse qu’en fait Philippe Baillet.