"Restituer la longue mémoire du passé"
Dominique Venner est écrivain et historien. Il a publié une cinquantaine de livres, dirigé comme éditeur plusieurs collections historiques et littéraires, ainsi que deux revues historiques. Sa vie a orienté sa vocation. Commentant son livre Le Siècle de 1914 (2006), le magazine Le Spectacle du Monde écrivait qu’il : « offre une réflexion en profondeur sur le destin européen au cours des cent dernières années. Une réflexion qui synthétise et prolonge celle entamée dans ses précédents travaux sur le XXe siècle, mais s’inscrit également à la suite de celle qu’il a développée dans son Histoire et tradition des Européens (2002). L’originalité de Dominique Venner consiste en effet à éclairer l’histoire de l’Europe en la restituant dans la longue durée. » Trois ouvrages majeurs constituent des jalons successifs permettant de comprendre son itinéraire, Le Cœur rebelle, le Dictionnaire amoureux de la Chasse et Le Siècle de 1914, auxquels il faut ajouter Histoire et tradition des Européens qui est à part.
Dominique Venner est né à Paris le 16 avril 1935 ; il a cinq enfants. Comme l’ont fait avant lui Bainville ou Amouroux, il est venu à l’étude de l’histoire par la voie du journalisme. Après des études secondaires et avant de s’intéresser à l’histoire de l’art, il s’est engagé dans l’armée le jour de ses dix-huit ans (école militaire de Rouffach). Volontaire ensuite pour l’Algérie, il participe jusqu’en octobre 1956, selon ses mots, à cette « petite guerre médiévale » qui comptera beaucoup dans sa formation, l’entraînant pour une dizaine
d’années dans des engagements politiques intenses et la création de la revue Europe Action. Evoquant cette période, il dira : « Sans le militantisme radical de ma jeunesse, sans les espérances, les déceptions, les complots ratés, la prison, les échecs, sans cette expérience excitante et cruelle, jamais je ne serais devenu l’historien méditatif que je suis. C’est l’immersion totale dans l’action, avec ses aspects les plus sordides et les plus nobles, qui m’a forgé et m’a fait comprendre et penser l’histoire de l’intérieur, à la façon d’un initié et non comme un érudit obsédé par les insignifiances ou comme un spectateur dupe des apparences. » Dominique Venner a évoqué ces années de formation dans Le Cœur rebelle (Belles Lettres, 1994), ouvrage de méditation sur ses engagements, et premier jalon dans son parcours.
Vers 1970, il a rompu définitivement avec les engagements politiques qui, dira-t-il, ne correspondaient pas à sa vocation. Il quitte même Paris afin de se ressourcer, vivant désormais de sa plume. Année après année, il publie un grand nombre de livres et collabore à la presse, étudiant tout particulièrement l’histoire méconnue des armes et de la chasse. Cette époque de son existence sera refermée un jour par le jalon du Dictionnaire amoureux de la Chasse, publié chez Plon en 2000, et salué notamment par Michel Déon.
Entre-temps, Dominique Venner avait développé une activité d’édition. Peu après 1970, André Balland lui confia la direction d’une collection de récits historiques qui révéla de nouveaux auteurs. Parallèlement, il entreprenait des recherches sur l’histoire contemporaine afin de répondre à ses propres questions. Ces travaux furent inaugurés par son livre Baltikum (Robert Laffont, 1974), consacré aux Corps-francs allemands des années 1919-1923. Plus tard, il reprendra ce travail, modifié et augmenté (Histoire d’un fascisme allemand, 1919-1934, Pygmalion, 1996/ 2002), grâce notamment aux éclairages que lui apporta Ernst Jünger.
De nombreux autres ouvrages historiques ont suivi, entre autres Le Blanc Soleil des vaincus (Table Ronde, 1975), consacré à la guerre de Sécession américaine. Histoire de l’Armée rouge (Plon, 1981), salué par un prix de l’Académie française, Gettysburg (Le Rocher, 1995), Histoire critique de la Résistance (Pygmalion, 1995/2002), Les Blancs et les Rouges, Histoire de la guerre civile russe (Pygmalion, 1997, repris et augmenté au Rocher en 2007), Histoire de la Collaboration (Pygmalion, 2000/2002), Histoire du terrorisme (Pygmalion, 2002), De Gaulle, la grandeur et le néant (Le Rocher, 2004), et Le Siècle de 1914 (Pygmalion, 2006), troisième grand jalon de son itinéraire, auquel il faut ajouter un essai sur Ernst Jünger. Un autre destin européen (Le Rocher, 2009).
Parallèlement à ses travaux sur l’histoire contemporaine, Dominique Venner publia au Rocher son essai Histoire et tradition des Européens. 30 000 ans d’identité (2002/2004), ouvrage de fond qui interroge les sources et la destinée de la civilisation européenne en partant d’Homère.
En 1989, Dominique Venner s’était vu confier la création d’une revue historique, Enquête sur l’histoire. Cette nouvelle aventure ayant été interrompue après une dizaine d’années, il fonda en 2002, avec le soutien d’autres historiens, La Nouvelle Revue d’Histoire qui s’est révélée en effet novatrice sur le fond et la forme.
A la dernière page du Siècle de 1914, Venner se définit par ces mots : « Je suis écrivain dans la mesure où je m’attache au style et à la composition de ce que j’écris. Je suis historien par vocation, désir passionné de comprendre et souci d’honnêteté. Je me veux avant tout un esprit libre, sans attache politique ou idéologique. Je ne plaide en faveur de rien, hormis le courage et la lucidité. »
