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Religion et Identité – Dominique Venner

Categorie(s) : Actualité, Édito, publié le 21 mai 2020

A l’occasion du septième anniversaire de la mort de Dominique Venner, nous publions l’éditorial du numéro 28 de la Nouvelle Revue d’Histoire paru en janvier 2007. Le dossier de cette livraison était consacré aux liens et conflits entre politique et religion. Venner écrivait notamment: « De nos jours, la montée de l’islamisme, l’affirmation de l’idéologie religieuse américaine et les manifestations de multiples réveils identitaires, donnent à ces questions une actualité brûlante et parfois menaçante. »

“Les réflexions sur la religion et la politique, la religion et l’identité des peuples, sont au cœur de notre dossier. Ce sont parmi les questions capitales de l’époque dans laquelle nous sommes entrés.

Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, président du Conseil français du Culte musulman, contribue à éclairer le débat en donnant de l’islam une définition autorisée. L’islam, dit-il, est « à la fois une religion, une communauté, une loi et une civilisation. […] Ne sont pas seulement musulmans ceux qui pratiquent les cinq piliers de l’islam, mais tous ceux qui appartiennent à cet ensemble identitaire. (1) »  Le mot important est identitaire. Ainsi l’islam n’est-il pas seulement une religion. Il est même autre chose qu’une religion : « une communauté, une loi, une civilisation ».

Cette interprétation est à rapprocher de quelques autres. Ainsi, dans un livre récent, le philosophe André Comte-Sponville parle d’amis à lui qui se disent « Juifs athées ». L’expression l’a interloqué. On n’imagine pas un chrétien se disant « chrétien athée ». Il en parle à un ancien camarade de khâgne, jadis militant maoïste : « Mais alors, maintenant, tu crois en Dieu ? (2) » Sourire : « Tu sais, pour un Juif, croire ou non en Dieu, ce n’est pas vraiment la question importante… »

Pour Comte-Sponville, élevé dans le catholicisme, c’est au contraire la question centrale de la religion. Son ami lui explique qu’il en va tout autrement pour lui : « Dieu n’existe pas, mais nous sommes son peuple élu… » Pour lui, être juif, cela signifie l’attachement à une certaine histoire, à une certaine tradition, à une Loi, à un Livre, à une communauté. Un attachement qui a permis à son peuple de survivre pendant des siècles, sans État, sans terre, « sans autre refuge que la mémoire et la fidélité ».

Quand on est imprégné de culture chrétienne, universaliste, cela surprend. Pourtant, bien d’autres religions, même l’islam, comme on vient de le rappeler, et bien entendu le judaïsme, mais aussi l’hindouisme, le shintoïsme ou le confucianisme, ne sont pas seulement des religions au sens chrétien ou laïque du mot, c’est-à-dire une relation personnelle à Dieu, mais des identités, des lois, des communautés.

Cette idée qui associe l’identité d’un peuple et sa tradition pérenne peut aider les Européens passablement déchristianisés d’aujourd’hui, héritiers d’une très ancienne culture de la laïcité, oui, elle peut les aider à retrouver eux aussi leurs liens identitaires forts, par-delà une religion personnelle ou son absence. Quels liens ? D’abord ceux de leur tradition justement, capables de les souder les uns aux autres et de les armer moralement pour affronter la menace assez clairement dessinée de leur disparition dans le néant du grand brassage universel ou de la mondialisation. Les hommes n’existent que par ce qui les distingue, clan, lignée, culture, tradition.

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La tradition européenne, dont les sources sont antérieures au christianisme, ainsi que l’a reconnu le pape Benoît XVI à Ratisbonne (3), peut d’autant mieux se concilier avec les convictions religieuses – ou leur absence – que celles-ci sont devenues en Europe une affaire purement privée. Que l’on soit chrétien, libre penseur ou sait-on quoi, l’important pour résister et renaître est sans doute de se hisser au-delà du contingent politique ou confessionnel pour retrouver le permanent de la tradition (4). Une tradition tout entière formulée dans nos poèmes fondateurs depuis une trentaine de siècles, mais qui a été masquée par une mémoire rompue.”

 

Notes :

  1. Propos rapportés par Le Figaro Magazine du samedi 29 juin 2002.
  2. André Comte-Sponville, L’Esprit de l’athéisme, Albin Michel, 2006.
  3. Le 12 septembre 2006.
  4. Réflexion développée entre autres dans Histoire et tradition des Européens, Le Rocher, 2002-2004.